Après la coulée explore les filtres à sirop d’érable une fois leur fonction achevée. Récupérés après usage, nettoyés puis teints — notamment par des procédés inspirés du shibori ou du cyanotype — ces filtres portent encore les traces discrètes de la sève qui les a traversés. Ce temps de « l’après » devient central : après la récolte, lorsque la matière conserve la mémoire du passage.Les filtres sont découpés et réassemblés en blocs colorés aux formes géométriques, ou tissés entre eux dans un esprit inspiré de la courtepointe. Chaque fragment conserve une part de sa vie antérieure tout en participant à une nouvelle composition. Le résidu fonctionnel se transforme en surface sensible, où s’entrelacent sève, geste et mémoire.
Cette exploration s’inscrit dans une logique de récits multiples que j’ai intitulée Mille et un filtres. À l’image de contes qui se déploient à partir d’une même trame, le projet rassemble trois explorations à partir de filtres récupérés — filtres à café, filtres d’eaux d’arrosage et filtres à sirop d’érable — chacun porteur d’une histoire liée à son usage, à ce qu’il retient et à ce qu’il laisse passer. Objets utilitaires et éphémères, ces filtres deviennent, après usage, des surfaces de mémoire. Nettoyés, teints, pliés, cousus et assemblés, ils se transforment en paysages, partitions ou assemblages modulaires. La répétition des gestes et la variation des contextes — domestique, agricole, acéricole — génèrent mille et une déclinaisons d’une même matière, où se tissent traces, temps et narration.